
TUNNEL SOUS LA MANCHE
(Texte intégral en html)
ITR.88/294/2-FP/FA/JG
TUNNEL SOUS LA MANCHE
IMPACT POUR LE TRANSPORT ROUTIER DE MARCHANDISES BELGE
François PECHEUX
Conseiller économique
Bruxelles, décembre 1988
c ITR, Bruxelles, 1988
Toute reproduction d’un extrait
quelconque de ce livre, par quelque
procédé que ce soit et notamment par
photocopie
ou microfilm, est strictement interdite
ISBN : 90-6606-154 D/1988/1596/90
SOMMAIRE
INTRODUCTION
1ère PARTIE - HISTORIQUE
2ème PARTIE - CONSTRUCTION ET FONCTIONNEMENT
3ème PARTIE - FINANCEMENT DU PROJET
4ème PARTIE - LES INFRASTRUCTURES
5ème PARTIE - LE TRAFIC TRANSMANCHE
6ème PARTIE - LE TUNNEL ET LE DEVELOPPEMENT REGIONAL
7ème PARTIE - LE TUNNEL ET LE GRAND MARCHE UNIQUE DE 1993
8ème PARTIE - CONCLUSIONS GENERALES
INTRODUCTION
Le but de cette étude est d’essayer d’estimer l’impact que
pourra avoir le tunnel sous la Manche pour le transport professionnel routier
belge de marchandises.
De très nombreux documents ont déjà été publiés un peu
partout sur le tunnel, cette étude tente d’en faire une synthèse.
Nous nous sommes également attachés à l’examen de certains
problèmes plus directement liés à notre pays tel que les infrastructures et
les prévisions de trafic transmanche.
Cette étude ne peut répondre à toutes les questions qui se
posent, mais tente de faire, à moins de 5 ans de l’ouverture du tunnel, si les
prévisions sont respectées, le point de la situation eu égard aux très
nombreuses zones d’ombres qui subsistent.
Pour la réalisation de cette étude, l’ITR a pu compter sur
la collaboration et l’aide précieuse de très nombreuses personnes et
organismes.
Nous ne pouvons pas tous les remercier ici car cette étude
n’a été possible que grâce aux très nombreux contacts que nous avons pu obtenir
tant en Belgique qu’à l’étranger (plus de 100 organismes ont été contactés et
la majorité d’entre eux nous ont fait parvenir de précieuses informations).
Nous tenons cependant à remercier plus particulièrement
les personnes suivantes :
Madame H. Bernard et Monsieur D. Ghouzi de la Région Nord
- Pas de Calais, Monsieur R. Willcox du Dover Harbour Board, Monsieur L.
Maertens de la Maatschappij van de Brugse Zeevaartinrichtingen (MBZ) et
Monsieur J.Cl. Dumoulin de Belgamanche pour leur aide précieuse et la nombreuse
documentation qu’ils nous ont fait parvenir.
La bibliographie de cette étude reprendra les principales
études, les articles, les communiqués de presse que nous avons reçus et qui
nous ont permis de réaliser ce travail.
Pour aider à la réalisation de cette étude, un “Groupe de travail” a été constitué et
s’est déjà réuni à plusieurs reprises. Il est composé des personnes suivantes :
pour la FNBTR Madame De Wilde et Monsieur Van Moer, pour l’UPTRI, Monsieur Van
Ransbeeck, pour le Ministère des Communications, Monsieur Joseph et pour l’ITR
Messieurs Machenil, Jennes et Pecheux.
Bruxelles, décembre 1988
1ère PARTIE - HISTORIQUE
Les premiers projets de liens fixes entre le Royaume-Uni
et le continent remontent à l’époque napoléonienne.
Depuis le 18ème siècle plus d’une vingtaine de projets de
tunnels, ponts, ... ont été élaborés.
Déjà en 1878 des travaux avaient débuté en vue de réaliser
un lien fixe et, à cette époque, on avait creusé près de 1800 mètres de
galeries de part et d’autre de la Manche.
Plus près de nous, en 1966, la décision de construire un
tunnel est prise, un organisme privé sera chargé du financement et de la
construction de l’ouvrage en faisant appel au marché international des
capitaux. Les travaux commencent en 1973, 300 mètres sont creusés a Sangatte et
400 mètres près de Douvres. Mais, entre-temps, le Gouvernement britannique
change de mains et le premier Ministre travailliste de l’époque M. H.Wilson
annonce que son pays renonce au tunnel pour des raisons budgétaires.
Les anglais ferment le dossier “tunnel”, mais ils le
rouvriront quelque temps après, le Royaume-Uni étant devenu entre-temps membre
de la CEE. En 1981, lors d’un sommet franco - britannique, Madame M. Thatcher
et Monsieur Fr. Mitterand décident de faire procéder à une étude conjointe sur
l’intérêt et les possibilités d’une liaison transmanche. Un groupe de travail
franco-britannique est mis en place. En 1982 le rapport est déposé et
conseille la construction d’un double tunnel ferroviaire comportant des navettes
pour les véhicules automobiles.
En 1983, la CEE et le Parlement Européen décident de
soutenir le projet de Lien fixe. Il s’agit en effet d’un maillon primordial
d’un réseau cohérent et équilibré des grands axes de communication en Europe.
En 1984, un groupe est désigné pour l’élaboration d’un
cahier des charges. En 1985, un appel d’offre est lancé en vue de la
construction et de l’exploitation du lien fixe. Le 31 octobre de cette année 4
groupes industriels et financiers déposent leurs projets :
·
Projet Euroroute : composé en parallèle d’un
pont/tunnel routier et d’un tunnel de 38 km, pour le transport ferroviaire;
·
Projet Transmanche - Express : constitué de doubles
tunnels, rail et route, long de 47 km;
·
Projet Europont : un tube-tunnel routier de 37 km
suspendu par 8 pylônes;
·
Projet France-Manche - Channel tunnel Group. : un
système souterrain de double navette ferroviaire.
FIGURE N° 1 ET 2
Le 20 janvier 1986, lors d’une rencontre à Lille, Madame
Thatcher et Monsieur Mitterand annoncent que leurs gouvernements ont choisi le
projet France-Manche - Channel tunnel Group (voir figures 1 et 2). Un Traité
franco-britannique est signé le 12 février à Canterbury.
Le 14 mars 1986 est signé l’acte de concession à Paris et
à Londres. Celle-ci est accordée pour une durée de 55 ans à dater de la
ratification du Traité; le consortium aura l’exclusivité de l’exploitation
jusqu’en 2020, c’est-à-dire qu’il a le droit de fixer librement ses tarifs, en
assurant en contrepartie la totalité du financement, par ses fonds propres et par l’emprunt, sans aucune aide
des Etats.
Les lois et règlements relatifs aux contrôles des prix par
les pouvoirs publics ne s’appliquent donc pas à la liaison fixe pendant la
concession. Les concessionnaires toutefois sont soumis aux règles nationales
ou communautaires en matière de concurrence ou d’abus de position dominante.
En outre, le consortium devra présenter avant l’an 2000 un
projet complémentaire de liaison routière (un tunnel exclusivement routier) qui
complétera le premier ouvrage quand les conditions techniques et économiques
ainsi que l’augmentation de trafic le justifieront. A défaut , les
gouvernements pourront lancer à partir de l’an 2010 un nouvel appel d’offres en
vue de réaliser cette nouvelle liaison à mettre en service à partir de 2020.
Bien que signés, les textes du traité et de la concession
devaient pour entrer en vigueur être approuvés par les parlements des deux
pays. S’il convenait pour ce faire de soumettre en France les textes
correspondants à l’approbation de l’Assemblée nationale et du Sénat, qui
votèrent à l’unanimité la loi d’approbation correspondante, la procédure
britannique comportait quant à elle, l’élaboration et l’approbation par la
Chambre des Communes et la Chambre des Lords d’une “hybrid bill” reprenant les
dispositions du traité et de la concession et leur donnant force de loi avant
l’obtention du “royal assent” (“confirmation royale”). Ces procédures
terminées, l’échange des instruments de ratification a eu lieu à Paris le 29
juillet 1987 entre les deux chefs d’Etat.
Calendrier des travaux
Automne 1987 - Démarrage des travaux de construction
principaux.
1987 A 1991 - Forage de la galerie de service et des
tunnels principaux.
Fin 1992 - Après l’achèvement du tunnel, début des essais des navettes ferroviaires et des
différentes installations.
Printemps 1993 - Ouverture du tunnel (en principe le 15
mai).
NB. A l’époque de la rédaction de
ces lignes (novembre 1988), il semble que certains retards aient été pris dans
les travaux de construction (12 semaines du côté français et de 5 à 6 semaines
du côté britannique).
Les entrepreneurs
chargés de creuser les trois tunnels ont connu des difficultés dues au terrain
et au réglage des tunneliers. Les Britanniques ont creusé 3,9 km au lieu des
5,1 km prévus (tunnel de service), tandis qu’en France, c’est la galerie vers
la mer qui est en retard (400 m au lieu d’1 km) mais la galerie vers
l’intérieur des terres est en avance (580 m au lieu de 450 prévus). Notons toutefois
que le tunnel français vers la mer avance maintenant au rythme régulier de 60 à
70 m par semaine.
Malgré tout,
l’ouverture du tunnel reste prévue pour le printemps 1993 et la Direction
d’Eurotunnel n’envisage pas de revoir son calendrier avant la fin de l’année
1989.
2ème PARTIE
CONSTRUCTION ET FONCTIONNEMENT
2ème PARTIE - CONSTRUCTION ET FONCTIONNEMENT
I. CONTRAT DE CONSTRUCTION
Le 16 août 1986, un contrat de construction a été signé
avec Trans Manche Link (TML), un groupement formé de dix grands constructeurs
français et britanniques, promoteurs d’origine du projet.
Pour les travaux et les fournitures, Trans Manche Link
adjugera des marchés en sous-traitance avec appels d’offres, en particulier
pour la fourniture et l’installation des matériels ferroviaires.
Selon le contrat de construction, TML s’engage à procéder
à des appels d’offres pour au moins 30 % du montant total du projet, suivant en
cela certaines directives de la CEE, notamment par la publication au journal
officiel des Communautés européennes des appels d’offres dépassant un montant
d’un million d’Ecus (43 millions de FB).
II. CARACTERISTIQUES DES
TUNNELS
VOIR FIGURES 3 ET 4
A. Description
Le Lien fixe comportera trois galeries principales :
·
Deux tunnels ferroviaires unidirectionnels de 7,60 m de
diamètre distants de 30 m et interconnectés par 2 traversées de jonctions. Le
système pourra ainsi être maintenu en service en cas de fermeture de l’une des
sections.
·
Une galerie centrale de service, de sécurité et de
ventilation de 4,80 m de diamètre reliée aux deux précédentes par des rameaux
de communication et de pistonnement. Seuls des véhicules électriques pourront
circuler dans cette galerie. Espacés tous les 375 m, les rameaux de
communication assurent et permettent l’intervention des équipes de maintenance
ou l’évacuation éventuelle des passagers des tunnels principaux vers la galerie
centrale. Les rameaux de pistonnement relient les tunnels tous les 250 mètres
pour assurer une certaine décompression au passage des convois de sorte qu’avec
un effort de pénétration moindre, ceux-ci consommeront moins d’énergie.
Le Lien fixe reliera Coquelles - Frethun (près de Calais)
en France à Cheriton (entre Douvres et Folkestone) au Royaume-Uni, sur une
distance d’une cinquantaine de kilomètres dont 3,7 sous le sol français, 9 km
sous le sol anglais et 37 km sous la Manche à une profondeur de 25 à 40 m sous
le fond de la mer.
FIGURE N° 3 ET 4
B. Type de
navettes
Tous les types de véhicules : voitures, autocars, motos,
caravanes, camions..., pourront emprunter l’Eurotunnel à bord de navettes
ferroviaires spécialement conçues à cet effet (voir figure n° 5). Les navettes
auront des dimensions inusitées, très supérieures au gabarit ferroviaire
européen, 4 m de large et 5 m de haut et seront de trois types :
·
A double plancher pour les voitures particulières
(capacité de 100 voitures de moins de 1,85 m de hauteur pour une rame de 13
wagons);
·
A plancher unique pour les autocars, caravanes, minibus
(capacité de 50 voitures et 12 autocars de moins de 4,2 m de hauteur).
·
A plancher unique pour les camions (wagons d’une
longueur de 21 mètres et adaptés au gabarit d’un poids lourd de 44 tonnes de
moins de 4,2 m de hauteur). Une navette exclusivement “poids lourds” pourra
transporter un camion par wagon et sera composée de 25 wagons.
Ces trains spéciaux feront la navette en circuit fermé
d’un terminal à l’autre et seront composés de wagons du même type ou d’une
combinaison de wagons de type différent.
Eurotunnel disposera à cet effet d’un parc de 40
locomotives électriques, de 4 locomotives diesel, de 150 wagons à double
plancher, de 120 wagons à plancher unique et de 244 wagons “poids lourds”
également à plancher unique.
Eurotunnel
assurera, en alternative avec les navettes, le passage de trains directs
(de voyageurs et de marchandises) des compagnies nationales de chemin de fer;
50 % de la capacité du tunnel sera réservée à ce trafic.
Les navettes circuleront à la vitesse de pointe de 160
km/h (vitesse moyenne de 117 km/h), la traversée durera moins de 30 minutes et
le trajet des navettes d’un terminal à l’autre 35 minutes.
La vitesse maximum des trains directs n’a par contre pas
encore été définie.
Eurotunnel fonctionnera toute l’année 24 heures sur 24. La
fréquence du service lui permettra d’absorber un flux de trafic équivalent à
celui d’une autoroute.
Aucune réservation ne sera nécessaire pour utiliser
Eurotunnel, les véhicules y accéderont par l’un des deux terminaux, où ils
franchiront les points de péage, de police et de douane. Les formalités de
police et de douane des deux pays seront groupées et effectuées une fois pour
toutes au départ. Les conducteurs conduiront ensuite eux-mêmes leur véhicule à
bord des navettes sans autres formalités (voir figure n°5). Pendant la
traversée, les passagers pourront sortir de leur véhicule s’ils le souhaitent;
les navettes seront en effet, des véhicules clos, éclairés, ventilés et
insonorisés. Du personnel au service des passagers sera présent dans les
navettes et sera formé pour faire face aux situations d’urgence.
FIGURE N° 5
Les trains seront à traction électrique et la puissance
nécessaire prélevée sur les réseaux français et anglais.
En cas de défaillance d’un des systèmes d’alimentation, un
seul des réseaux sera capable de subvenir aux besoins globaux en électricité
des tunnels.
Bien que la capacité du système autorise des fréquences
plus élevées, il est prévu à l’ouverture en 1993, d’assurer aux heures de
pointes, dans chaque sens, un départ toutes les 10 à 12 minutes pours les
navettes “passagers” et un départ toutes les 15 minutes pour les navettes “fret”.
Un service horaire minimum sera assuré aux heures creuses de la nuit.
A ceci s’ajoutera le trafic des trains directs entre le
Royaume-Uni et le continent. Eurotunnel a prévu à l’ouverture, le passage de 10
trains de voyageurs et de marchandises par heure, dans chaque sens.
La comparaison sur le plan du temps de traversée entre le
tunnel en 1993 et la situation actuelle est la suivante.
TABLEAU N° 1 - Comparaison des temps de traversée (en
minutes)
_____________________________________________________________________________________
Ferry Aéroglisseur tunnel
actuel (Hovercraft) 1993
_____________________________________________________________________________________
Traversée proprement dite 85 35 35
Temps total en comptant accès urbain,
formalités, chargement et
déchargement 165 110 70 (1)
_____________________________________________________________________________________
(1) Il s’agit d’une
estimation d’Eurotunnel qui semble être un
minimum.
Il y aurait lieu de compter au moins 80 minutes pour le
temps total.
En conclusion, le gain de temps procuré par le tunnel
pourrait quand même être de 85 minutes par rapport aux ferries actuels.
Une inconnue subsiste néanmoins quant au temps réellement
nécessaire pour l’accomplissement des formalités douanières. En effet, il peut
paraître paradoxal de parler de contrôle de frontières alors qu’Eurotunnel doit
être mis en service après la date prévue pour la mise en place du marché unique
européen; pourtant les incertitudes qui planent sur cette échéance et sur ses
conséquences obligent Eurotunnel à envisager un système souple et évolutif.
FIGURE N° 6
Des problèmes ne se poseront pas pour les trains-navettes
(appartenant à Eurotunnel) et construits spécialement pour circuler en circuit
fermé entre les deux terminaux, mais bien pour les futurs trains directs entre
le Royaume-Uni et le continent, trains de voyageurs (TGV) et trains de
marchandises.
En effet le gabarit des trains est inférieur au
Royaume-Uni (voir figure n° 6) et le système d’alimentation électrique est
différent (3ème rail au Royaume-Uni). L’adaptation du gabarit anglais au
gabarit continental nécessiterait d’énormes investissements : ponts, tunnels,
quais à aménager...
C’est pourquoi des études se poursuivent actuellement pour
mettre au point des wagons spéciaux tant de voyageurs que de marchandises
(études des sociétés de chemin de fer, d’Intercontainer...)
En ce qui concerne plus spécialement le TGV, destiné aux
seuls voyageurs, la SNCF, les British Rail et la SNCB ont d’ores et déjà mis au
point les spécifications d’un train à grande vitesse polyvalent et compatible
avec les infrastructures continentales et britanniques et répondant aux normes
de sécurité particulières imposées par Eurotunnel pour le passage des trains
sous la Manche.
D’autre part une incertitude demeure quant à la
possibilité d’emprunter le tunnel par les marchandises dangereuses.
Il semble que l’on se dirige vers la solution suivante :
·
une liste de marchandises hautement dangereuses
totalement interdites;
·
une liste de marchandises moyennement dangereuses pour
lesquelles serait fixé un cahier des charges très précis quant aux normes de
sécurité, par exemple interdiction de croiser un train ou une navette de
voyageurs pendant la traversée; le concessionnaire évaluant au cas par cas
l’intérêt d’accepter ces contraintes ou de refuser la traversée de la
marchandise.
De toute façon il semble impensable que, par exemple, un
train complet de wagons citernes remplis d’essence emprunte le tunnel.
III. SECURITE DANS LE
TUNNEL
Les deux tunnels ferroviaires sont unidirectionnels ce qui
évite tout risque de collision frontale. La voie ferrée est par ailleurs
bordée, de chaque côté, de plates-formes (pour permettre aux voyageurs de
descendre en cas de nécessité); dans l’hypothèse d’un déraillement, le train ne
pourrait pas se renverser.
Les trains circulant à l’intérieur des tunnels seront
freinés automatiquement en cas de dépassement de la vitesse maximum autorisée.
La sécurité des circulations sera assurée par un système
de signalisation en cabine similaire à celui en service sur les lignes TGV
actuelles.
Les trains seront en liaison constante, par radio UHF,
avec les postes de commandement installés sur chaque côté de la Manche. Toutes
les données nécessaires à l’exploitation des trains et à la gestion des
équipements électroniques seront transmises par un réseau de câbles à fibres
optiques.
Il est envisagé, à terme, de recourir à la conduite
automatique. La galerie de service, reliée aux tunnels principaux tous les 375
m. constitue une zone de sécurité et de refuge totalement autonome sur les 50
km du parcours. En cas d’incidents, les passagers seront évacués dans cette
galerie grâce aux branches de liaison équipées de sas étanches. Ils seront soit
pris en charge par des véhicules électriques circulant dans cette galerie, soit
dirigés vers le deuxième tunnel où une navette les attendra. Le personnel
d’Eurotunnel veillera au confort et à la sécurité des passagers; il s’assurera
aussi que les règles élémentaires sont respectées : interdiction de fumer, de
mettre en marche le moteur avant l’arrêt du train, ... D’une façon générale, le
personnel d’Eurotunnel sera formé de façon très approfondie, notamment
vis-à-vis de la sécurité et il sera, bien entendu, bilingue.
Tout le système sera doté des dispositifs, les plus
perfectionnés de contrôle électronique, de lutte anti-incendie, de liaison
radio et vidéo.
A noter que les opposants au tunnel et plus spécialement
les opérateurs de ferries (association Flexilink) sont plus que sceptiques sur
les problèmes liés à la sécurité à l’intérieur du tunnel.
Ils estiment que pas mal de ces problèmes n’ont pas été
résolus d’une manière satisfaisante et qu’ils mettent par conséquent en danger
les futurs utilisateurs des navettes.
Ils relèvent entre autres la construction de portes
coupe-feu dans les navettes, le “design” et la conception de ces navettes, les
conditions à l’intérieur du tunnel (température, humidité et ventilation) et
les mesures prises en cas d’incendie.
On pourrait y ajouter les risques provoqués par des actes
de piratage !
Cependant, et en ce qui concerne la sécurité, les
gouvernements français et britanniques, ont mis en place une “Safety Authority”
à laquelle le concessionnaire soumet chaque mesure prévue en la matière.
IV. CONSTRUCTION DES
TUNNELS
A. Introduction
Le projet Eurotunnel bénéficie d’un atout extrêmement
avantageux, puisqu’il a été possible de choisir un “terrain favorable” pour
tracer la quasi - totalité des 50 km de la future liaison souterraine, ce qui
est extrêmement rare en matière de travaux souterrains, (où l’on subit
généralement des contraintes géologiques incontournables) et sans précédent
pour des ouvrages de grande longueur.
B. Travaux
préparatoires
Certains travaux ont déjà été réalisés tel que :
·
La construction de chaque côté de la Manche d’usines de
préfabrication de “voussoirs” destinés au revêtement des tunnels;
·
A Sangatte (France), la construction d’un puits d’accès
aux têtes des galeries de forage d’un diamètre de 55 m et d’une profondeur de
60 m.;
·
A Cheriton (Royaume-Uni) la construction d’un tunnel
d’approche et d’un puits d’accès de 10 mètres de diamètre.
N.B. : Ces puits
d’accès ont pour rôle d’acheminer le matériel de forage jusqu’aux têtes des
galeries;
·
La fabrication et la livraison de 11 tunneliers, 5 du
côté français et 6 du côté britannique.
C. Travaux de forage
Le forage de la galerie de service a commencé en
premier lieu des deux côtés de la Manche. Cette galerie servira de galerie
pilote pour les deux tunnels principaux. Le forage des deux tunnels principaux
se fera en même temps en France et au Royaume-Uni. Comme on l’a signalé
précédemment les travaux ont pris un certain retard.
D. STOCKAGE DES DEBLAIS
Les travaux de creusement vont fournir
approximativement 6,5 millions de m3 de déblais, 4 millions de m3 côté
Royaume-Uni et 2,5 millions de m3 côté France. Les déblais seront employés
suivant leur provenance.
A Shakespeare Cliff (entre Folkestone et Douvres), on
envisage une plate-forme gagnée sur la mer pour réaliser une plus grande
surface utilisable afin de répondre aux besoins des chantiers de creusement.
Le réemploi des déblais à évacuer à proximité du point
d’où ils sortent du sol minimisent les problèmes d’environnement liés à leur
transport .
A Sangatte (près de Calais), les matériaux excavés par
les tunneliers sont évacués principalement sous forme de béton de craie à
l’aide de pompes à piston, depuis le fond du puits.
Leur dépôt se fait à proximité, au lieu-dit “Fond
Pignon”, à l’abri d’une digue de retenue; après consolidation, un aménagement
paysager est prévu.
V. CONSTRUCTION DU MATERIEL
FERROVIAIRE
Les travaux de construction débuteront mi 1989 et
s’achèveront en principe en 1992. La conception et le “design” de ces navettes
font l’objet de recherches sur :
·
La stabilité;
·
Le mode de chargement et d’arrimage des véhicules à
l’intérieur des wagons;
·
La sécurité...
Des décisions ont déjà été prises quant au niveau sonore
des trains et navettes, au niveau du CO2 et autres gaz provenant des véhicules
durant les opérations de chargement et de déchargement.
Quant à la conception même des navettes, il est prévu que
celles-ci soient d’une longueur de 750 m
pour les “passagers” et 485 m pour le “fret”.
Eurotunnel a lancé récemment des appels d’offres pour le
matériel roulant. Le premier concerne les bogies dont la taille, le poids, la
vitesse et la stabilité sont à l’étude chez Alsthom, Fiat, Man, ABB et Kawasaki
jusqu’au printemps de 1989. D’autres appels d’offres portent sur les voitures
et les motrices; on y retrouve à peu près les mêmes sociétés auxquelles se sont
joint par exemple la “Brugeoise et Nivelles”; comme prévu la signalisation et
la conduite automatique des navettes ont été mises à l’étude. Les commandes
d’équipement et de matériel roulant seront décidées en mars 1989 et, parmi les
fournisseurs possibles, on trouve des entreprises belges spécialisées.
Pour l’exploitation des trains directs, Intercontainer et
les sociétés de transports ferroviaires étudient actuellement la possibilité
de construire un wagon “multifret”. Ce type de matériel pourra transporter des
conteneurs de 8 pieds 6 pouces de hauteur (2,6 m.) au Royaume-Uni, selon les
contraintes actuelles du gabarit, et des conteneurs de 9 pieds 6 pouces de
hauteur (2,9 m.) ailleurs en Europe. Pour ce faire il s’agit bien entendu de se rapprocher le plus possible des
rails, donc au moyen de wagons surbaissés comportant des roues à diamètre
réduit.
VI. CONSTRUCTION DES
TERMINAUX
Le terminal français de Frethun occupera 480 hectares et
le terminal britannique de Cheriton 140 hectares (voir figures n° 7 et 8).
Les travaux préliminaires ont débuté fin 1987 et les
travaux de génie civil proprement dit début 1988.
Du côté britannique les conditions géographiques ne
permettent pas de construire un terminal plus étendu et un terminal
supplémentaire devrait être construit à Ashford.
Les terminaux comprendront les infrastructures
ferroviaires et routières nécessaires au fonctionnement de l’ensemble du
système. La bretelle ferroviaire de chaque terminal prendra la forme d’une
boucle destinée aux navettes (circulant en circuit fermé) avec un raccordement
permettant l’accès au tunnel des trains directs en provenance des réseaux
ferroviaires nationaux.
Chaque terminal disposera d’une zone de service comprenant
des magasins ainsi que des cabines de péage et des postes de contrôle des
douanes et des polices des frontières.
VII. CONCLUSION
La construction du tunnel semble avoir pris certains retards.
Le 25 août 1988 Eurotunnel a mis en garde TML (le constructeur) devant
l’accumulation des retards.
Des échéances intermédiaires sont d’ailleurs prévues dans
le contrat Eurotunnel/TML.
Prochainement des indemnités sévères pourraient être
exigées à TML par Eurotunnel et certaines sources avancent le chiffre d’un
million et demi de FB par jour de retard !
FIGURE N° 7 ET 8
3ème PARTIE
FINANCEMENT DU PROJET
3ème PARTIE - FINANCEMENT DU PROJET
I. LA SOCIETE EUROTUNNEL
VOIR FIGURE N° 9
“Parité et solidarité sont à la base de tous les accords
et contrats d’Eurotunnel. La concession accordée à Eurotunnel lui impose
l’obligation de concevoir, financer et construire , puis exploiter la liaison
transmanche, tout en organisant la solidarité des deux concessionnaires
français et britannique. La concession exige d’eux la mise en place d’une
organisation intégrée et le partage égal des recettes et des dépenses. Ces
exigences, qui découlent du caractère binational du projet, ne sont que le
reflet de la complexité d’une société en participation à l’échelle de deux
pays” (P. Durand - Rival, Directeur Général d’Eurotunnel).
Le tunnel sera donc construit et exploité par Eurotunnel,
société en participation créée entre les 2 sociétés concessionnaires française
et britannique : France-Manche et Channel tunnel Group (CTG), les 2 sociétés
étant elles-mêmes filiales respectives (à 100 %) des sociétés Holding : Eurotunnel S.A., côté français, et
Eurotunnel P.L.C., côté britannique. Les actions Eurotunnel S.A. et Eurotunnel
P.L.C. sont groupées en “unités” indissociables. Cette structure est totalement
unifiée et intégrée au sein de la société Eurotunnel qui réunit Français et
Britanniques en une seule équipe sous la conduite d’une direction générale
unique.
La Belgique devait être présente dans ce grand projet
d’infrastructure à caractère européen déterminant pour l’économie belge.
La société belge Tractebel a signé, en avril 1986, un
contrat d’ingénierie pour la partie électromécanique en sous-traitance de
Setec, consultant français.
La S.A. Belgamanche créée le 19 juin 1986 sur l’initiative
de la Société Générale de Belgique (via Tractebel) et de la Société Nationale
d’Investissement (SNI) qui en détiennent chacune la moitié du capital (650
millions de FB) s’est associée financièrement au projet de liaison fixe
transmanche proposé par Eurotunnel.
Le Président de Belgamanche siège au conseil
d’administration d’Eurotunnel depuis le 20 octobre 1986 au côté de 7
Britanniques et de 6 Français.
Il semble d’ailleurs depuis le début de la construction du
tunnel que les Belges ont joué un rôle non négligeable en servant
d’intermédiaires entre les 2 partenaires principaux, français et anglais.
FIGURE N° 9
LE FINANCEMENT
II.Note préliminaire
Dans un souci
d’uniformité et, afin de se faire une idée plus juste de l’ampleur du projet,
les montants repris ci-après ont été convertis en FB (cours moyen fin novembre
1988). Il convient donc de prendre ces chiffres avec des réserves vu
l’évolution des différentes monnaies.
Le financement de ce projet sera entièrement assuré par
les fonds propres de la société Eurotunnel et par le recours à l’emprunt. Cela,
sans aucune aide directe ou indirecte, ni garantie des Etats concernés. C’est
la rentabilité propre de l’investissement qui devra permettre de rémunérer des
actionnaires, et de rembourser le capital emprunté et les intérêts
correspondants.
La construction du tunnel sous la Manche représente un
investissement d’environ 323 milliards de FB (estimation d’octobre 1988).
Le coût est d’environ 7 % supérieur aux chiffres publiés
fin 1987. Cette progression est attribuée en grande partie “au souci
d’amélioration des services qui seront fournis au public, (...) au renforcement
des équipes de direction du projet, aux dépassements budgétaires réels et
prévisionnels, enfin à une provision budgétaire pour rattraper les retards
enregistrés sur les premiers travaux de forage”. Il faut noter que tout
dépassement d’échéance poserait inévitablement des problèmes financiers !
Pour couvrir le besoin total de financement, la société
Eurotunnel a mobilisé les ressources suivantes :
_______________________________________________________________________
·
Fonds propres 61 milliards de FB - Emprunts 245
milliards de FB
_______________________________________________________________________
Ces ressources sont complétées par un crédit “stand by” de
61 milliards de FB .
1. Constitution
des fonds propres
Le montant du capital de la société (61 milliards de FB)
représente 20 % du montant total des besoins financiers; cet engagement de
l’actionnariat constitue une solide garantie pour le syndicat des banques qui a
accordé le prêt de 245 milliards de FB (+ 61 milliards de crédit stand
by).
Ce capital a été levé en 3 tranches.
·
La première levée : le capital souscrit par les
actionnaires fondateurs (mai 1986) “Equity one” ou “Capital I”
Le premier apport des actionnaires fondateurs s’est
élevé à 2,8 milliards de FB. Il s’est effectué sous forme d’apports en
numéraire et d’apports en nature. Les actionnaires fondateurs sont au nombre de
15. Côté français ce sont 5 entreprises de bâtiment et travaux publics, parmi
les plus grandes au niveau européen et mondial : Bouygues S.A., Dumez S.A.,
Société Auxiliaire d’Entreprise S.A. (SAE), Société Générale d’Entreprises S.A.
(SGE), Spie-Batignolles S.A. et 3 banques, le Crédit Lyonnais, la Banque
Nationale de Paris (BNP) et la Banque Indosuez.
Côté britannique ce sont également 5 entreprises de
bâtiment et de travaux publics, les plus importantes du pays : Balfour Beatty
Construction Limited, Costain United Kingdom Limited, Tarmac Construction
Limited, Taylor Woodrow Construction Limited, Wimpey International Limited, et
deux banques, la National Westminster Bank P.L.C., ainsi que la Midland Equity
United Bank.
·
La seconde levée : le placement de 12,6 milliards de FB
d’actions auprès des investisseurs institutionnels (octobre 1986) “Equity two”
ou “Capital II”.
Cinq banques (Indosuez, BNP, Crédit Lyonnais, Robert
Fleming and Co, Morgan Grenfill) ont été chargées de procéder en octobre 1986,
au placement auprès d’investisseurs institutionnels des actions de cette
seconde tranche. Ce placement s’est effectué sous forme d’unités comprenant
une action d’Eurotunnel S.A., au prix de 120 FF - environ 730 FB - et d’une
action d’Eurotunnel P.L.C. au prix de 12 £ - environ 800 FB - (comme il
n’existe pas de statut de société européenne, deux sociétés distinctes ont été
créées, Eurotunnel S.A. et Eurotunnel P.L.C., qui ont émis un produit original
sur le marché financier, l’unité se compose de 2 actions, chacune spécifique de
la législation financière en vigueur dans les deux pays concernés).
Un total de 8.583.334 unités a été ainsi placé sur le
marché (soit 35 % en France, 35 % au Royaume-Uni et 30 % dans d’autres pays
dont la Belgique). Le placement a en fait concerné plus de 200 investisseurs
institutionnels.
C’est à cette époque que la société Belgamanche est
intervenue dans le capital d’Eurotunnel (la participation de Belgamanche est
d’un peu moins de 5 % à ce stade de l’évolution des fonds propres
d’Eurotunnel).
La société Belgamanche a été fondée, rappelons-le, par
la Société Générale de Belgique et par la Société Nationale d’Investissement et
leur engagement dans le capital du consortium est assorti de la condition que
certaines parts de fournitures et de travaux soient attribuées à des
entreprises de leurs groupes respectifs.
·
La troisième levée : le placement de quelque 46 milliards
de FB d’actions auprès du grand public (fin 1987) “Equity three” ou “Capital
III”.
Après une intense campagne de publicité, Eurotunnel a
lancé sa troisième levée de capital dans le grand public. Objectif : lever 46
milliards de FB en 15 jours en offrant au public la vente d’unités (actions) au
prix de 35 FF (environ 220 FB).
Ces unités, constituées d’actions jumelées
d’Eurotunnel donnaient droit à l’achat d’actions supplémentaires entre le 15
novembre 1990 et le 15 novembre 1992. Les bons de souscriptions sont côtés à la
Bourse de Paris et au Stock Exchange de Londres, ce qui signifie qu’ils peuvent
être achetés ou vendus librement sur ces marchés. De plus, aux souscripteurs
qui garderont leurs titres jusqu’à la mise en service de l’ouvrage, il sera
consenti des conditions extrêmement intéressantes pour la traversée du tunnel.
Avantages croissants pour les souscripteurs de 100, 500, 1000 et 1500 unités.
L’avantage maximum sera consenti aux propriétaires d’au moins 1500 unités. Il
donnera droit, moyennant un forfait d’environ 100 FF/an (environ 615 FB) et un
tarif de 10 FF (environ 62 FB) le passage à un nombre illimité de voyages
pendant toute la durée de la concession (pour le conducteur, son véhicule, et
ses passagers).
Malgré un marché difficile, très marqué par les
séquelles du krach boursier de la mi-octobre 1987, la souscription des actions
Eurotunnel s’est néanmoins déroulée dans des conditions satisfaisantes. Ainsi
en France, 12 milliards de FB ont été souscrits par les particuliers (sur les
21 milliards proposés), soit près de 200.000 actionnaires privés, ce qui,
compte tenu des avantages tarifaires attachés au titre, constitue un
actionnariat particulièrement stable. Le solde de la tranche française a été
souscrit par de nouveaux investisseurs institutionnels et par les groupes
d’assurances et groupes financiers déjà actionnaires depuis l’origine.
La tranche internationale (3,9 milliards de FB) a été
souscrite en totalité notamment en Belgique, en Arabie Saoudite, au Japon et
aux Etats-Unis. Les Britanniques semblent avoir été un peu plus réticents que
les Français mais au final, l’émission a permis (toutes tranches confondues)
une véritable diversification de l’actionnariat ce qui, compte tenu des
conditions du marché, est un bon résultat, à mettre à l’actif de l’équipe
d’Eurotunnel.
A la clôture de la souscription, 65 % des actions
étaient, en France, aux mains du grand
public contre 35 % aux institutionnels. Au Royaume-Uni la clef de répartition
était exactement inverse.
2. Emprunt
de 306 milliards de FB
Dont 245 milliards de FB de crédit principal pour couvrir
la totalité du besoin et 61 milliards de crédit “stand by”, crédit destiné à
faire face à des circonstances particulières comme des retards, des dépenses
d’investissements supplémentaires non prévues, des frais financiers ou une
inflation plus élevée qu’attendue..., ce crédit est appelé “financement de
projet”, c’est-à-dire sur lequel le prêteur assume les risques liés au projet.
Ces risques doivent être soigneusement évalués à partir de prévisions prudentes
de trafics et de recettes.
La mobilisation d’une telle somme suppose en soi des
techniques financières et des modalités variées et complémentaires, et la
constitution d’un syndicat bancaire d’une exceptionnelle dimension : 198
banques se sont ainsi engagées à fournir tout au long des 6 années de
réalisation du chantier un crédit de 306 milliards de FB à amortir jusqu’en 2005, et à partir de 1993, année
d’entrée en service de l’ouvrage.
Ce syndicat de 198 banques est constitué de banques de
nombreux pays : présence de l’ensemble de la communauté bancaire japonaise,
participation sans exception de toutes les grandes banques britanniques,
importante présence allemande (plus de 36 milliards de FB), belges, italiennes,
scandinaves, et suisses dépassent chacune les 12 milliards de FB; parmi les
banques belges participant au syndicat, citons la Générale de Banque et la
Kredietbank; l’ensemble de la participation belge s’élève à 3,2 % du total.
Le syndicat a été rejoint par la Banque Européenne
d’Investissement, qui à elle seule fournira l’équivalent de 1,4 milliards
d’écus (61 milliards de FB) pendant les 6 ans de la construction du tunnel. Ce
prêt, d’une importance hors du commun pour un projet qui ne l’est pas moins,
sera à rembourser jusqu’en 2017 et à partir de 1999 seulement, soit six ans
après l’ouverture au trafic. Pour expliquer l’ampleur de son concours financier
au projet, la BEI, souligne que celui-ci revêt, “une importance exceptionnelle
pour le développement du réseau européen de transport et que cet ouvrage jouera
un rôle de stimulant pour l’économie européenne”. La BEI précise également que
les Etats membres de la CEE ne fourniront aucun apport de fonds et
n’apporteront aucune garantie à ce projet.
Les fonds de la BEI seront versés dans le cadre
d’arrangements de cofinancement, en association avec le syndicat de banques
internationales. La sûreté des prêts de la BEI sera constituée, jusqu’à ce que
le projet soit achevé de manière satisfaisante, par des garanties accordées par
les banques syndiquées et, ensuite, par un gage sur les actifs et recettes du
projet.
III. PREVISION DE RECETTES
D’EUROTUNNEL.
Eurotunnel compte réaliser plus de 25 milliards de FB de
recettes au minimum, dans la 1ère année d’exploitation par le passage des
trafics routier et ferroviaire et 30,75 milliards de FB au total avec les
revenus des activités de services connexes.
L’évolution des recettes, parallèle à celle du trafic,
sera très régulière : près de 39 milliards de FB en 2003 et plus de 43,75
milliards de FB en 2013 (valeur janvier 1987).
Figure n° 10
Source : “La lettre
du tunnel”, mission Trans-Manche, Lille.
A noter que les dernières estimations montrent que les
consultants ont augmenté leurs estimations de revenus escomptés de
respectivement 6, 10 et 16 % pour 1993/1994, 2003 et 2013. Elles ont été
effectuées par les consultants Setec et Wilbur Smith et recontrôlées par
Prognos, consultant désigné par un groupe de banques suisses
Ces dernières estimations d’octobre 1988 indiquent que les
prévisions de revenus attendus du trafic routier (navettes) font apparaître une
augmentation significative, ceux en provenance des chemins de fer présentent
une légère baisse et les revenus attendus des activités connexes diminuent de
moitié.
Les principales raisons de ces évolutions tiennent entre
autres à :
·
l’augmentation plus importante que prévue initialement
du trafic transmanche;
·
une perspective de croissance plus forte pour
l’économie mondiale et en particulier celle du Royaume-Uni;
·
la suppression probable des ventes hors taxes sur les
liaisons transmanche qui se traduit par une réduction des revenus annexes et
par l’augmentation vraisemblable des tarifs qui seront pratiqués par les
ferries et les compagnies aériennes;
·
les résultats d’une étude détaillée sur les mouvements
de passagers et de fret effectuée sur les douze mois précédant mai 1987. Elle a
permis d’adopter une meilleure approche analytique;
·
la révision des hypothèses des coûts futurs du
transport, en particulier par avion et chemin de fer.
IV. PREVISION DE
RENTABILITE D’EUROTUNNEL
Les prévisions établies en novembre 1986 donnaient les
taux suivants :
·
Les taux de rentabilité interne, calculés sur la base
de la durée de la concession, seraient avant impôt d’environ 17 % et de 14,1 %
après impôt, et le taux de rentabilité sur le cash flow après service de la
dette devrait atteindre 18 %.
·
Le taux de rentabilité annuel moyen des dividendes
devrait être de 17 %, avoir fiscal compris, pour les souscripteurs de l’offre
publique de décembre 1987.
A noter qu’aucun dividende ne pourra être escompté avant 1995 !
V. ACCORDS FERROVIAIRES
Un accord est intervenu entre les promoteurs du tunnel
sous la Manche et les chemins de fer français et britanniques. Eurotunnel a
annoncé qu’il s’était mis d’accord avec la SNCF et les British Railways sur les
conditions d’utilisation du tunnel. Les compagnies de chemin de fer auront un
droit d’utilisation de 50 % de la capacité pendant la période de concession.
Les 50 % restants seront réservés aux navettes dont Eurotunnel assumera
l’exploitation.
La SNCF et British Rail ne feront pas de règlements
anticipés pour l’usage du tunnel mais se sont engagées à verser des droits de
redevance pendant les 12 premières années de la concession et à s’acquitter
chaque mois, sur la base d’un calcul annuel, d’une redevance minimale. Son
montant dépendra de l’achèvement du TGV Nord.
Les réseaux de chemins de fer ont accepté une évolution
temporaire des péages plus favorable au concessionnaire, ce qui conjugué avec
une amélioration des prévisions de trafic, procurera à Eurotunnel les
ressources nécessaires pour lui permettre de mobiliser les capitaux dans de
bonnes conditions. Les tarifs des péages des deux réseaux devraient être
adaptés en fonction de l’inflation avec un léger abattement de 1,1 % par an.
Enfin les sociétés ferroviaires seront intéressées aux
bons résultats financiers d’Eurotunnel qui table sur plus de 25 milliards de FB
de recettes dès 1993 (considérée comme une année complète d’exploitation).
A partir de la 4ème année d’exploitation, si la
rentabilité dépasse un certain seuil, le cash flow dégagé par la société
concessionnaire servira en partie à réduire les péages versés par les deux
sociétés ferroviaires. Dans une limite représentant 20 % des redevances
ferroviaires, les excédents devraient être partagés pour moitié entre
Eurotunnel et les deux sociétés ferroviaires.
Parallèlement à ces accords, il était également
indispensable puisque deux réseaux étaient directement concernés, British Rail
et SNCF, que ceux-ci passent entre eux des accords de partage de recettes pour
leur permettre d’évaluer avec une approximation suffisante les perspectives de
rentabilité de leurs investissements respectifs.
Ces accords particuliers entre les deux réseaux instituent
une sorte de partenariat incitatif puisque les partages de recettes convenus
sont directement liés à la qualité des performances réalisés sur les deux
réseaux et que des pénalités sont prévues pour le réseau qui serait défaillant
du point de vue de la capacité des installations nécessaires.
VI. CONCLUSION
Les dirigeants d’Eurotunnel ont, en octobre de cette
année, confirmé leur optimisme malgré les retards pris par les travaux.
En ce qui concerne les engagements financiers, les
dépenses d’Eurotunnel s’effectuent conformément au plan prévu. Elles approchent
maintenant l’équivalent de 50 milliards de FB.
La société va commencer de “tirer” sur ses crédits
bancaires avec un premier tirage de 13 milliards de FB de façon à couvrir les
besoins jusqu’à la fin de l’année en cours (1988).
A noter également que plusieurs journaux spécialisés ont
communiqué que ces dernières semaines (fin novembre 1988) le titre d’Eurotunnel
était fortement demandé, principalement à la Bourse de Paris. Il semble que des
études très favorables sur ce titre réalisées récemment par plusieurs sociétés
de bourse expliqueraient le regain d’intérêt pour les investisseurs.
En cette fin novembre 1988, le titre Eurotunnel a remonté
alors qu’il avait enregistré une baisse en septembre et, il semble que tout
dernièrement, de nombreuses actions ont changé de main. La répartition des
actions entre le grand public et les investisseurs institutionnels a peut être
été modifiée ces dernières semaines ?
4ème PARTIE
LES INFRASTRUCTURES
4ème PARTIE - LES INFRASTRUCTURES
I. INFRASTRUCTURES DE
RACCORDEMENT
A. LES TERMINAUX
1. Etudes en cours
Bien que les travaux de terrassement soient déjà bien
avancés sur les sites des deux terminaux, pas mal de problèmes restent à
régler.
2. Terminal
britannique
·
Situation (voir figure n° 11)
Le terminal est situé à Cheriton près de Folkestone
et occupera 140 hectares.
·
Accès routier
Le principal accès sera une liaison directe entre le
terminal et l’autoroute M20.
·
Accès ferroviaire
Le terminal sera relié à la ligne Londres -
Folkestone - Douvres.
·
Implantation du terminal (voir figure n° 12)
A l’entrée du terminal, les trafics seront séparés
selon leur nature (voitures - cars - caravanes et poids lourds). Aucune
réservation ne sera nécessaire.
Après avoir acquitté le péage et subi les contrôles
douaniers, les véhicules embarqueront avec leurs passagers par le côté des
navettes et poursuivront vers l’avant de la rame jusqu’à leur emplacement.
N.B. : L’emplacement du terminal de Cheriton est limité par des
contraintes géographiques. Pour cette raison les Britanniques prévoient de
construire à Ashford (à une dizaine de kilomètres du terminal) une plate-forme
multimodale de dédouanement de 68 hectares (I.C.D. - Inland Clearance Depot)
destinée au dédouanement des marchandises importées par la route.
Figure n° 11 - Situation du terminal anglais
Figure n° 12 - Implantation du terminal anglais
3. Terminal français
·
Situation (voir figure n° 13)
Le terminal est situé à Coquelles (Frethun), soit à environ
1 km au sud de Calais et occupera 480 hectares.
·
Accès routier
Il sera relié à la rocade littorale ou RN1 (voir
figure n° 16) ainsi qu’à l’autoroute Paris - Calais (A26).
Une liaison entre la RN1 et l’A26 sera construite.
·
Accès ferroviaire
Le terminal est situé à proximité de la ligne Calais
- Boulogne.
·
Implantation du terminal (voir figure n° 14)
Pour les passagers la situation est similaire au
terminal britannique.
Le terminal français est néanmoins plus étendu et
toutes les opérations relatives au transport de marchandises y seront également
effectuées.
4. Conclusion
Les premiers travaux concernant la construction des
terminaux ont débuté.
La conception globale de ces derniers est décidée
mais il reste de nombreux points à éclaircir (centre de dédouanement d’Ashford
?, liaisons définitives avec les réseaux autoroutiers et ferroviaires ?...).
A noter que ces terminaux concernent principalement
le trafic des navettes d’Eurotunnel. D’autres terminaux seront construits directement
par les sociétés ferroviaires concernées, les British Rail et la SNCF, pour le
trafic de trains directs. C’est ainsi que l’on peut prévoir au Royaume-Uni la
construction du terminal supplémentaire d’Ashford dont on a déjà parlé, le
développement des installations de la gare Londonienne de Waterloo et en
France, le développement de la gare de Paris-Nord.
Figure n° 13 - Situation du terminal français
Figure n° 14 - Implantation du terminal français
B. Les infrastructures
routières
VOIR FIGURE N° 15.
1. Royaume-Uni
·
“M20” Folkestone - Ashford
Maidstone - Ring de Londres
Manque 15 km entre Ashford et Maidstone. Cette
liaison est au stade d’un projet avancé avec une participation financière éventuelle
de la CEE (cofinancement ?).
·
“M2”
Canterbury - Londres
Autoroute terminée jusque Rochester, après voie rapide
vers le Ring de Londres.
·
Liaison entre la “M2” et la “M20”
Un projet d’amélioration de la “A260” (entre Folkestone et
Canterbury) existe; ces travaux sont destinés à l’amélioration de la liaison
entre le terminal du tunnel et le réseau autoroutier vers l’Est de Londres,
voire au-delà vers l’Ouest et le Nord du pays depuis l’achèvement du Ring de
Londres (“M 25”). Ce projet pourrait être aidé par la CEE.
· Conclusion :
Tous les travaux mentionnés ci-dessus sont “en cours” ou
au stade de “projet avancé”.
Seront-ils terminés pour 1993 ?
2. France
·
“A26”
Calais - Arras reliée à l’”A2” vers Paris.
Cette autoroute à péage s’arrête à 20 km de Calais (à
Nordausques).
Il manque donc actuellement le tronçon vers Calais et le
terminal français du tunnel.
Le tronçon Nordausques - Calais devrait être terminé en
1989.
Ces travaux (prolongement de l’”A26” jusque Calais et
terminal du tunnel) devraient être terminés à temps (Plan Routier Transmanche).
La construction des voies d’accès au terminal français du
tunnel sera entreprise directement par Eurotunnel.
·
“A25”
Lille - Dunkerque
Autoroute actuellement sans péage et terminée.
Figure n° 15
- Infrastructures autoroutières
européennes liées au lien fixe transmanche
Figure n° 16 - Rocade littorale
·
“ROCADE LITTORALE ENTRE LE LIEN FIXE TRANSMANCHE ET LA
BELGIQUE”
“RN1” - voir figure n° 16
Pour les autorités françaises la construction de cette
voie expresse de Boulogne à la frontière belge via Calais et Dunkerque répond
à trois objectifs :
·
Offrir aux usagers du futur Lien fixe, des
infrastructures à niveau de service élevé;
·
Saisir l’opportunité de la construction du tunnel pour
développer le courant d’échanges entre le Nord et le Sud de l’Europe par la
réalisation de l’axe routier Dunkerque-Bayonne;
·
Améliorer la compétitivité des ports de la côte
Nord-Ouest en améliorant les liaisons en direction du Lien fixe, du Nord de la
France et de la Belgique.
Les autorités françaises estiment que l’attractivité du
tunnel sous la Manche sera fortement dépendante des facilités de circulation
sur cette Rocade littorale,qui seront donc, à leurs yeux, impératives pour ne
pas déprécier les gains de temps permis par le tunnel.
De la frontière belge à Boulogne, les dossiers de prise en
considération des opérations, composant la future Rocade littorale et qui en
déterminent la partie globale d’aménagement, sont achevés.
La Rocade littorale (RN1) sera ainsi une voie express à
2x2 voies, dont tous les échanges seront dénivelés. Elle passera à 2x3 voies
dans les traversées de Dunkerque et de Calais.
Ses principaux ancrages sur le réseau existant se
situeront :
·
A la frontière belge, par un raccordement au réseau
autoroutier belge desservant Veurne et Oostende (pour autant que cette liaison
soit terminée, voir plus loin);
·
A Dunkerque où s’offrira le débouché de l’A25 vers
Lille;
·
A l’entrée Est de Calais où se rejoindront la Rocade
Est, desserte du port, la Rocade littorale et l’autoroute A26 débouché vers
l’Europe du Sud-Est;
·
A Coquelles, bien entendu, échange avec le terminal du
tunnel et donc accès vers le Royaume-Uni.
L’ensemble des études, procédures et travaux sont
actuellement menés dans le souci de rendre techniquement possible l’ouverture
de la Rocade littorale en 1993. La CEE pourrait également intervenir dans le
financement de la Rocade.
Cette liaison routière est, évidemment, très importante
pour la Belgique. Les travaux devraient débuter à la mi 1989 mais il semble que
des retards commencent à être pris et que les estimations initiales soient
revues à la hausse... Une aide financière de la CEE devrait également être
obtenue.
Cette liaison est entièrement nouvelle et on peut se
demander si elle sera terminée à temps. Certaines personnes de la région Nord -
Pas de Calais semblent en douter.
Les autorités françaises ont également d’autres projets
autoroutiers très ambitieux. Par exemple la liaison par l’”A26” du terminal
français à Dijon (via Reims). La réalisation de cette liaison (quand ?),
permettrait de relier le tunnel au Sud-Est de la France donc également à la
Suisse et à l’Italie.
Nous verrons plus loin que le trafic entre le tunnel et le
Sud-Est de l’Europe pourrait plus vraisemblablement s’effectuer via la Belgique
où les “maillons manquants” sont beaucoup moins importants.
3. Belgique
Autoroutes existantes
·
“E19” Bruxelles - Mons - Paris
·
“A14” Anvers - Gand -Courtrai - Lille
·
“A10 - E40” Bruxelles - Oostende
·
“A18” Jabbeke - Nieuwpoort
·
“A8” Bruxelles - Tournai (partiellement).
Tronçons manquants
·
“A18”
Cette autoroute atteindra Veurne à la fin de 1988. Il
restera alors une petite dizaine de kilomètres pour la relier à la “Rocade
littorale française”. Ce tronçon est actuellement au stade de projet
(Intervention financière de la CEE ?).
La réalisation de ce tronçon qui, bien entendu, est lié à
la liaison tunnel - frontière belge (rocade), permettrait de relier directement
le tunnel à Oostende, Zeebrugge, ... Anvers et les Pays-Bas plus rapidement que
par les autoroutes existantes (Anvers - Gand - Courtrai - Lille - Calais).
·
“A8”
L’autoroute (à terminer) entre Bruxelles et Tournai est
très importante pour le futur trafic vers le tunnel. On songe surtout à une
partie du trafic possible entre l’Allemagne et le tunnel.
Deux tronçons de cette autoroute sont actuellement en
exploitation et 18 km en construction; 13 km, près de Tournai seront terminés
fin 1988 et 5 km près d’Enghien, le seront en 1990. Il manque encore un tronçon
de quelques 25 km toujours à l’état de projet.
Les avantages de la réalisation de cette liaison semblent
très importants, citons en les principaux :
·
création d’une liaison directe par autoroute entre
Bruxelles, Lille et le tunnel sous la Manche;
·
dédoublement de la liaison autoroutière Lille - Anvers
(la distance Lille - Tournai - Bruxelles - Anvers est supérieure de 15
kilomètres environ à la distance Lille - Courtrai - Anvers mais le trajet par
Tournai permet d’éviter à Anvers le tunnel sous l’Escaut causant de nombreux
ralentissem |